HPI: Passer le test... ou pas
Vous sentez qu'il y a quelque chose. Au travail, avec la plupart de vos collègues. Un décalage, une distance. Cela fait peut-être des années que la question tourne. H.P.I. Faut-il passer le test HPI adulte ? Faut-il aller chercher la réponse ? Ou vaut-il mieux ne pas savoir ?
ATTENTION — Je ne suis pas psychologue, et la seule ambition de cet article est de partager mon expérience, personnelle et professionnelle, sur le sujet du test HPI adultes.
Ce décalage que vous n'arrivez pas à nommer
Ça commence souvent comme cela : on s'ennuie dans les réunions, cela va trop lentement. Vraiment trop lentement. Alors on décroche, on part un peu dans sa tête. Tout le monde autour a l'air de fonctionner normalement, et vous, vous sentez un peu à côté de la plaque.
Exemple typique : le projet MACHIN, vous voyez bien qu'il est bancal, que ça ne va pas marcher. D'ailleurs vous ne sauriez pas vraiment expliquer pourquoi si on vous le demandait, mais vous savez qu'il n'ira pas bien loin, ce projet. Mais vous vous dites que si c'était aussi évident que ça en a l'air, quelqu'un d'autre l'aurait déjà dit. Et puis comment verbaliser cette intuition ? Donc vous vous taisez. Vous vous dites que vous vous trompez sans doute. Et quelques semaines plus tard, le dossier MACHIN est mort. « Je le savais », vous direz-vous.
La pensée du haut potentiel intellectuel est rapide, systémique, souvent non linéaire. Ce qui fait sa force est aussi ce qui crée un sentiment de décalage permanent. Le HPI voit des choses que les autres ne voient pas, ou pas encore. Et ce n'est pas de la voyance. Mais au lieu d'y voir un atout, il finit par douter de lui-même. En entreprise, ce sentiment est fatigant — il peut même être minant.
C'est le premier paradoxe : plus vous êtes lucide, plus vous vous croyez à côté de la plaque.
Le faux-self : l'art de se plier pour rentrer dans la boîte
Alors pour mieux vous adapter, vous avez tendance à vous « plier ». Comme une nappe qu'on compresse pour la faire rentrer dans une boîte qui n'est pas aux bonnes dimensions. Vous ne parlez pas trop en réunion. Vous suivez le rail. C'est rassurant, ce cadre : pas de questions, pas de vagues.
C'est ce qu'on appelle le faux-self. Beaucoup de hauts potentiels ont construit, parfois depuis l'enfance, une personnalité de façade pour s'adapter à leur environnement. En entreprise, ce faux-self se renforce : on apprend à masquer sa différence, à lisser ses intuitions, à ralentir pour ne pas gêner. Quand tout un groupe s'enthousiasme sur un projet, ce n'est pas facile d'être l'empêcheur de tourner en rond qui dit que ce projet n'est pas viable. C'est aussi l'effet du biais cognitif de groupe, en passant.
Le problème, c'est que ce faux-self coûte une énergie considérable. Il prive le HPI de son énergie et freine sa capacité à être pleinement lui-même. Pendant un temps, ça tient. La boîte est un peu serrée, mais ça passe. Et puis un jour, ça ne passe plus.
La dissonance cognitive devient trop forte, elle peut même se manifester physiquement par des soucis de santé récurrents.
C'est souvent à ce moment-là — après des années de compression — que la question émerge vraiment : est-ce que je suis HPI ?
Pourquoi la question met si longtemps à se poser
On pourrait croire que c'est simple : je me pose la question, je passe le test, j'ai ma réponse. En réalité, le chemin est beaucoup plus tortueux.
D'abord, il y a le déni. On se dit que c'est normal, de penser tout le temps. De tout analyser, de tout décortiquer. Après tout, on n'a jamais emprunté le cerveau d'un autre — on n'a pas de point de comparaison.
Ensuite, il y a la disqualification de soi. Le HPI va souvent (pas toujours, mais souvent) avec un manque de confiance en soi. Ce mécanisme touche aussi les personnes hypersensibles en entreprise, qui vivent un décalage similaire.
Souvent, c'est lorsqu'un des enfants est « détecté » HPI qu'on commence à se poser la question. L'école conseille de lui faire passer le test, il est positif, et on commence à se demander si en fait, on n'est pas aussi concerné. Et on a raison de se poser la question car il y a une composante génétique dans le HPI.
Test HPI adulte : comment ça se passe concrètement ?
On parle aussi de bilan psychologique ou bilan cognitif. Le test de référence pour les adultes s'appelle le WAIS-IV (Wechsler Adult Intelligence Scale, 4ème version — la 5ème version vient de sortir et est encore peu répandue en France). C'est un test psychométrique HPI, passé chez un psychologue diplômé (avec un numéro ADELI), qui évalue différentes dimensions du fonctionnement cognitif. Pour les enfants, le test a un autre nom : le WISC-V (Wechsler Intelligence Scale for Children, 5ème version).
Pourquoi y a-t-il des « versions » ? Une des raisons est que les tests mesurent un QI relatif à une population de référence. Or les scores moyens augmentent d'une génération à l'autre — c'est l'effet Flynn. Si on garde les mêmes normes trop longtemps, de plus en plus de gens semblent « HPI » alors que la population a juste évolué. Il faut donc recalibrer régulièrement.
Le seuil communément retenu pour le dépistage HPI est un QI supérieur ou égal à 130 — c'est le test QI HPI de référence — ce qui correspond à environ 2,3 % de la population. Mais le chiffre seul ne dit pas tout. Le psychologue doit lire « derrière les lignes » des résultats, prendre en compte le stress de la passation, les éventuels troubles associés, et replacer le résultat dans un contexte global.
Je ne détaille pas ici les modalités du test, car la spontanéité lors de la passation fait partie du test et est nécessaire à la fiabilité des résultats. Je vous invite à ne pas trop fureter sur internet si vous envisagez de le passer — car si vous êtes détecté HPI, vous remettriez en question le score au prétexte que vous saviez ce qui allait se passer.
Le bilan n'est pas un examen qu'on « réussit » ou qu'on « rate ». C'est une photographie de votre fonctionnement cognitif. Il peut aussi révéler des choses qu'on ne cherchait pas : une double exceptionnalité HPI + TDAH, par exemple.
Enfin, le QI n'évolue pas avec l'âge. Il y a une marge d'erreur lorsque le score vous est donné, mais il n'évolue pas. (Ce que personnellement je trouve étrange, car on sait que le cerveau est plastique et capable de créer de nouvelles connexions.)
Avant de passer le test, vous devez avoir une consultation avec un psychologue, qui validera ou non le fait que vous passiez le test. Certaines personnes fragiles, qui surinvestissent le résultat, pourront se voir déconseiller voire refuser le test. Ne le prenez pas mal si c'est votre cas : c'est le travail du psychologue de vous orienter vers le meilleur chemin.
Enfin, si vous souhaitez passer le test alors que vous traversez une période de doute ou de remise en question, je vous encourage d'abord à vous faire accompagner par un thérapeute (pas un coach). Et ensuite, en échangeant avec lui, vous pourrez décider de faire le test — ou pas.
La peur : le vrai obstacle
Le véritable obstacle au test, ce n'est souvent ni le coût, ni le temps. C'est la peur. Et c'est bien normal.
La peur de ne pas rentrer dans la case. La peur que le psychologue vous dise : non, désolé, vous n'êtes pas HPI. Et que tout ce que vous aviez commencé à comprendre sur vous-même s'effondre.
Cette peur est légitime. Elle n'est pas à ignorer. Et elle est difficile à « processer » seul. C'est un peu comme le baron de Münchhausen qui essaie de se sortir des sables mouvants en se tirant par ses propres cheveux.
Pour cette raison, si le résultat du test revêt une importance capitale pour vous, je déconseille fortement (mais cela n'engage que moi) de procéder au test sans un suivi régulier préalable par un thérapeute. Je ne parle pas de faire une psychanalyse pendant un an. Mais faire 3 ou 4 séances pour expliquer son parcours de vie, aller en profondeur sur ce qu'on cherche dans ce test, et surtout savoir ce qu'on fera des résultats.
Pour les personnes adultes qui passent le test et sont « détectées » HPI, une réaction assez fréquente n'est pas le soulagement ni la joie (après tout, c'est plutôt une bonne nouvelle). C'est l'incrédulité. « C'est pas possible. Le psy s'est trompé. Tout le monde sait faire ça leur test c'est pas si dur. »
Le syndrome de l'imposteur est, paradoxalement, l'une des caractéristiques les plus courantes du haut potentiel intellectuel adulte. Pour cette raison, le suivi par un psychologue est très utile dans le process de « digestion » des résultats.
Alors, faut-il passer le test ?
Vous avez compris mon avis : il n'y a pas vraiment de réponse universelle, mais des situations à éviter. Voici quelques repères.
Quand le test peut aider
Si la question vous empêche de dormir. Si elle revient sans cesse, depuis des mois ou des années. Si vous sentez que le faux-self vous étouffe, que la boîte est devenue trop petite, que le décalage entre ce que vous êtes et ce que vous montrez est devenu insupportable — alors oui, le bilan psychologique peut être un acte fondateur. Mais en tout état de cause, soyez accompagné(e) par un thérapeute : vous n'êtes pas obligé de suivre une thérapie pendant un an, l'idée est de ne pas vous retrouver seul(e) avec les résultats, quels qu'ils soient.
Savoir, c'est poser le pied sur du béton armé. Ce n'est pas une étiquette. Ce n'est pas du marketing. C'est un ancrage. Découvrir son HPI, c'est trouver peut-être la pièce du puzzle qui manquait pour se comprendre.
Pour moi, cela a été un acte fondateur.
Quand il vaut mieux attendre
Si vous traversez une crise aiguë — un deuil, une rupture, un burn-out —, le moment n'est peut-être (voire sans doute) pas le bon. Non pas parce que le résultat serait faussé, mais parce que votre capacité à accueillir le résultat, quel qu'il soit, sera altérée.
Si votre motivation principale est la reconnaissance externe, il peut être utile de travailler d'abord sur ce besoin. Le test ne comble pas un vide identitaire. Il éclaire un fonctionnement. Un travail sur la confiance en soi peut d'ailleurs être un excellent préalable.
Ce qui ne devrait jamais vous arrêter
La peur de « se prendre pour quelqu'un ». Cette idée que se questionner sur son intelligence serait prétentieux est un piège. Chercher à se comprendre n'est pas de la vanité. Et vous n'êtes pas obligé de claironner à tout votre entourage les résultats du test.
Comment faire le test HPI : les étapes concrètes
Vous avez pris votre décision, vous avez décidé de faire le test HPI adulte. Par où commencer ?
La première étape est de trouver un psychologue — pas un coach, pas un thérapeute, un psychologue clinicien diplômé avec un numéro ADELI, qui a l'habitude de faire passer le test.
Le choix est important car il y a une lecture du test à faire, une interprétation qualitative qui dépend donc de la compétence du psychologue.
Donc ne vous dites pas « je m'en fiche, un test c'est un test peu importe le psy ».
Pour trouver un bon psychologue : si vous êtes déjà suivi(e), votre thérapeute peut sans doute vous donner des noms. L'annuaire des psychologues sur Doctolib également peut vous aider. Enfin il y a des « centres » qui ont pignon sur rue, comme Cogitoz.
La deuxième étape est un entretien préalable. Avant de passer le test, le psychologue vous reçoit une première fois. Il évalue votre demande, votre état émotionnel, et valide — ou non — la pertinence du bilan à ce moment de votre vie.
Ensuite vient la passation, qui dure en général 4 heures. Je vous conseille de prendre rendez-vous à une heure de la journée où vous êtes en forme, quitte à décaler. Par exemple, moi je sais que je suis beaucoup moins efficace entre 14h et 17h, j'avais pris rendez-vous donc le matin.
Plusieurs sous-tests, sur des dimensions différentes sont effectués, toujours en présence de la psychologue ; certains sont chronométrés, d'autres pas. Mémoire de travail, vitesse de traitement, compréhension verbale, raisonnement perceptif… Encore une fois, ne creusez pas trop ces sujets, ne vous préparez pas. Je le répète, si vous vous préparez et que le score vous dit « HPI adulte » alors vous aurez encore plus tendance à le remettre en question.
Enfin, 5 semaines plus tard (en ce qui me concerne) un entretien de restitution où le psychologue vous explique les résultats, le profil global, et les éventuelles pistes d'accompagnement. On vous remet le dossier avec les résultats, et on vous l'envoie par mail. Et voilà.
Et si vous n'avez pas de suivi par un thérapeute, ça s'arrête là. Et croyez-moi, j'étais bien content de pouvoir en parler à ma psy.
Si vous passez le test et que vous êtes détecté HPI, je vous conseille de bien digérer le résultat et de bien choisir les personnes avec qui vous partagez l'info. Ainsi que « quelle info » vous partagez.
Dire HPI c'est une chose. Dire son « QI » pour autant que cela soit significatif c'est différent.
De mon expérience, tout le monde ne l'accueille pas de la même manière. Quant à mon « score », je ne l'ai partagé avec personne.
Comptez 3 semaines entre le premier rendez-vous et le test, et 4 à 6 semaines entre le test et la restitution. Coût : environ 500 euros + 100 € pour le premier rendez-vous.
Et après le test ? Le vrai travail commence
Le test n'est pas une fin en soi. C'est un point de départ. Se savoir HPI ne résout rien en soi. Ça explique, ça éclaire, ça soulage parfois — mais ça ne transforme pas. Vous êtes la même personne. LA MÊME PERSONNE. Mais votre vie intérieure, elle, va changer.
Le vrai travail, c'est ce qui vient après. Apprendre à démanteler le faux-self. Apprendre à ne plus se plier. Connaître ses zones de talents pour mieux les exploiter. Oser prendre la parole en réunion parce qu'on peut enfin se dire qu'on n'a pas plus de chances que les autres de se tromper.
Apprendre à habiter ses contours au lieu de les comprimer. Apprendre à faire confiance à cette intuition qu'on a passé sa vie à faire taire.
C'est précisément là que le coaching haut potentiel en entreprise prend tout son sens. Un psychologue peut poser le diagnostic. Mais apprendre à vivre avec, à trouver sa juste place dans le monde professionnel — ça, c'est un autre chemin. Et croyez-moi, c'est un chemin merveilleux.
Vous vous reconnaissez dans cet article ? Si vous venez d'avoir vos résultats de test, HPI ou pas, un coaching peut vous aider. Si vous hésitez encore à passer le test, le coaching n'est pas le bon accompagnement à ce stade — je vous conseille de vous adresser d'abord à un psychologue.
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Pour aller plus loin
Écouter
« Un Coach à la Une® » — Épisode 7 : Le Coaching des HPI, avec Matthieu Lassagne (podcast disponible sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer).
5 livres essentiels sur le HPI
- Jeanne Siaud-Facchin, Trop intelligent pour être heureux ? L'adulte surdoué, Odile Jacob, 2008.
- Nicolas Gauvrit, Les Surdoués ordinaires, PUF, 2014.
- Christel Petitcollin, Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant, Guy Trédaniel Éditeur, 2010.
- Cathy Assenheim, Mon cerveau est hyper : haut potentiel & hypersensibilité, De Boeck Supérieur, 2020.
- Cécile Bost, Surdoués : s'intégrer et s'épanouir dans le monde du travail, Vuibert, 2ᵉ éd., 2022.


