Manager toxique au travail : 10 situations pour comprendre quand les limites sont franchies

Vous faites face à une relation qui vous épuise ? Vous vous sentez coupable, sans comprendre pourquoi ? Vous avez de plus en plus l’impression de ne pas être « à la hauteur » ?

J’ai accompagné en coaching de nombreux managers et cadres qui venaient me voir en partageant un mal-être diffus, teinté de culpabilité, d’agacement, et surtout une immense fatigue.

Ces clients s’autorisaient tout juste à penser que leur manager ou leur entreprise n’était « quand même pas très supportif », alors que ce qui se passait était objectivement inacceptable.

Je repense par exemple à ce client qui avait informé son N+1 d’un accident cardiaque grave concernant un de ses collaborateurs – ce qui avait des conséquences sur les rendez-vous commerciaux à venir. La réponse du manager ? Un émojicône « pouce levé ».

Sommaire

  1. Pourquoi il est si difficile de reconnaître un comportement toxique au travail
  2. Comment prendre conscience qu’on est face à une personne toxique
  3. Les 10 situations qui révèlent un comportement toxique
    1. L’abus de pouvoir
    2. L’imposture (la redéfinition des rôles)
    3. L’intrusion
    4. Le masque de charmant
    5. Le nuage d’encre
    6. L’ordre flou
    7. Plus c’est gros, plus ça passe
    8. La poubelle psychique
    9. Le retournement
    10. Savoir sur l’autre, savoir pour l’autre
  4. Autres signaux d’alerte d’un comportement toxique
  5. Que faire face à une personne toxique au travail ?
  6. Conclusion : retrouver votre pouvoir d’agir

Pourquoi il est si difficile de reconnaître un comportement toxique au travail

Ce n’est pas si simple de savoir quand un manager ou un collègue dépasse les bornes. On peut vite manquer de repères, de points de comparaison. Surtout si vous venez de prendre le poste, si le manager est nouveau, ou si c’est votre première expérience dans ce type d’environnement.

On se dit alors : « Il est comme ça, c’est tout », « Ce n’est pas si grave », « Peut-être que c’est moi aussi qui suis trop ssuceptible ».

Parfois, on a raison de relativiser. D’abord, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde. Ensuite, on a parfois nous-même à balayer devant notre porte. Il s’agit de ne pas « psychologiser » ou dramatiser une situation qui, au final, est banale : vous n’avez pas d’atomes crochus, c’est comme ça, il faut faire avec.

Mais parfois, on ne se rend pas compte que les limites sont dépassées. On ne réalise pas que ce qui se passe n’est pas seulement désagréable : c’est inacceptable. Et c’est souvent le signe annonciateur d’une dégradation à venir de la relation..

C’est Le syndrôme du « je prends sur moi ».

Comment prendre conscience qu’on est face à une personne toxique

Face à ces situations, la première étape est de prendre conscience de ce qui se passe. C’est nécessaire, pour aller ensuite vers un rééquilibrage de la relation et dresser une limite claire entre ce que vous acceptez et ce que vous n’acceptez pas.

Alors, comment prendre conscience ? Dans cet article, je vous propose une liste de 10 situations qui ne sont pas acceptables en milieu professionnel. Ce critère d’acceptabilité n’engage que moi, et est basé sur mon expérience en entreprise, et mes années de coaching..

Ces exemples sont aussi tirés et adaptés de l’ouvrage de référence « pervers narcissiques : 50 situations » de Anne Clotilde Ziegler.

Attention : il faut évidemment contextualiser, et la réponse « idéale » que je propose n’est pas toujours facile à mettre en œuvre. C’est d’ailleurs, la plupart du temps, un objectif de coaching que d’y arriver – notamment quand il s’agit de confronter.

Enfin, si ces situations se répètent fréquemment, et uniquement à votre endroit, alors il est possible qu’elles soient le fait d’un pervers narcissique.

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Les 10 situations qui révèlent un comportement toxique

1. L’abus de pouvoir

La situation :
Votre manager vous convoque : « Tu vas gérer le projet Mercure en plus de tes missions. C’est une belle opportunité. » Vous êtes déjà surchargé mais n’osez pas refuser. Deux mois plus tard, épuisé, vous prenez du retard. Il vous convoque à nouveau : « Ca va pas du tout ce retard , mais enfin qu’est ce qui se passe? »

Pourquoi c’est toxique :
Utiliser son autorité pour vous surcharger, puis vous reprocher les conséquences prévisibles de cette surcharge.

La réponse avec du coaching :
« Je suis flatté, mais je suis déjà très chargé(e). Je te propose de voir ce qu’on peut réorganiser. »

2. L’imposture (la redéfinition des rôles)

La situation :
Sophie, directrice marketing, s’attribue devant le comex l’idée de campagne que vous avez développée. Quand vous la confrontez en privé, elle répond : « J’ai juste valorisé le travail de l’équipe. Tu ne vas pas me reprocher de défendre nos projets ? »

Pourquoi c’est toxique :
Vol de mérite qui vous dévalorise professionnellement tout en retournant la situation pour vous faire passer pour mesquin.

La réponse avec du coaching :
En public, immédiatement : « Je me permets d’ajouter, quand je t’ai présenté l’analyse on s’est dit que ce serait une bonne idée de…. » Et vous citez un next step par exemple que vous aviez convenu.

3. L’intrusion

La situation :
Votre manager entre dans votre bureau sans frapper pendant que vous êtes en rendez-vous client. Il vous interrompt : « Il faut que tu me donnes le budget maintenant. » Cela se reproduit régulièrement, même pendant vos déjeuners.

Pourquoi c’est toxique :
Non-respect systématique de vos limites et de votre temps, vous déshumanisant et vous plaçant en position de subordination totale.

La réponse avec du coaching :
« Je suis en rendez-vous, je viens te voir dans 20 minutes » (sans négocier). Puis en privé : « J’ai besoin de ne pas être dérangé en réunion. Comment peut-on s’organiser ? »

4. Le masque de charmant

La situation :
Votre nouveau directeur est adorable : compliments, cafés, écoute. Après trois mois, il commence à critiquer vos dossiers violemment en réunion. Quand vous le confrontez en privé, il redevient charmant : « Mais non, c’était pour te challenger ! Tu sais bien que je t’apprécie. »

Pourquoi c’est toxique :
L’alternance imprévisible entre gentillesse et violence vous désarçonne et vous empêche de savoir à quoi vous attendre. C’est une technique de manipulation classique.

La réponse avec du coaching :
« Ton retour en réunion m’a déstabilisé. Si tu as des critiques, parlons-en en privé d’abord. »

5. Le nuage d’encre

La situation :
Vous demandez à votre manager des précisions sur la réorganisation annoncée. Il répond avec un jargon incompréhensible : « On va optimiser les synergies cross-fonctionnelles dans une logique d’amélioration continue des process collaboratifs… » Vous n’osez pas redemander, vous vous sentez stupide.

Pourquoi c’est toxique :
Le flou délibéré vous empêche de comprendre, vous fait douter de vous-même, et permet ensuite de vous reprocher de ne pas avoir compris.

La réponse avec du coaching :
« Peux-tu me donner un exemple concret ? Ça m’aiderait à comprendre ce que ça change pour mon équipe et surtout à mieux leur expliquer. »

6. L’ordre flou

La situation :
Votre manager : « Il faut améliorer la relation client. » Vous demandez des précisions. « Fais preuve d’initiative, tu es autonome non ? » Vous proposez un plan. Il le refuse : « Ce n’est pas du tout ce que je voulais. »

Pourquoi c’est toxique :
Impossible de réussir puisque vous ne savez jamais ce qui est attendu. Vous êtes en échec permanent, ce qui maintient votre dépendance et votre insécurité.

La réponse avec du coaching :
« Pour m’assurer qu’on est alignés : tu veux que je réduise le délai de réponse ? Que j’améliore la satisfaction ? Peux-tu me donner 2-3 priorités précises ? »

7. Plus c’est gros, plus ça passe

La situation :
Votre collègue affirme en réunion : « L’année dernière, j’ai fait progresser les ventes de 40%. » C’est faux, c’était 8% et c’était un travail d’équipe. Personne ne conteste.

Pourquoi c’est toxique :
Le mensonge éhonté prononcé avec aplomb crée de la confusion, fait douter les autres de leur perception de la réalité, et permet de s’approprier des mérites indus.

La réponse avec du coaching :
« Quelles sont tes sources ? Sur l’ERP je vois une progression de 8% pour le CA de l’équipe (ce qui est déjà bien). »

8. La poubelle psychique

La situation :
Votre manager débarque dans votre bureau, énervé : « Les RH sont incompétentes, le comex n’y comprend rien, tout part en vrille ! » Il se décharge pendant 30 minutes. Vous vous sentez vidé, anxieux pour l’entreprise. Le lendemain, lui est parfaitement serein.

Pourquoi c’est toxique :
Vous transformer en exutoire émotionnel vous épuise psychiquement sans réciprocité ni respect de vos propres besoins.

La réponse avec du coaching :
« Je comprends ta frustration, mais là je suis en plein sur un dossier compliqué. Je viens te voir après ? » La plupart du temps la personne n’aura plus besoin d’exutoire…

9. Le retournement

La situation :
Vous signalez à votre collègue que son rapport contient des erreurs. Elle explose : « C’est toi qui m’as donné les mauvaises données ! »

Pourquoi c’est toxique :
Inverser les rôles pour vous mettre en position d’accusé alors que vous essayiez d’aider, vous dissuadant d’être constructif à l’avenir.

La réponse avec du coaching :
« Je t’ai signalé les erreurs pour qu’on corrige ensemble. Ce n’est pas une accusation. »

10. Savoir sur l’autre, savoir pour l’autre

La situation :
Vous : « Le délai est irréaliste. » Lui : « Je te connais bien, c’est ton anxiété qui parle. »

Pourquoi c’est toxique :
Prétendre connaître vos pensées et émotions mieux que vous-même est une forme de violence psychologique qui nie votre légitimité à exprimer votre réalité.

La réponse avec du coaching :
« Je connais mes émotions, merci. Je parle d’une contrainte factuelle : trois semaines pour ce périmètre, c’est insuffisant. » Et ramener la discussion sur les faits.

Autres signaux d’alerte d’un comportement toxique

Au-delà de ces 10 situations types, voici d’autres signaux faibles qui doivent vous alerter :

  • Les petites phrases qui déstabilisent : « Je te connais par cœur », « Tu devrais voir ta tête », « Personne ne se met jamais à ma place »
  • Les monologues sans fin : Votre N+1 parle non-stop très longtemps sans vous laisser en placer une
  • Les remarques désobligeantes gratuites devant témoins : « Ce que tu dis, ce n’est vraiment pas intéressant »
  • Les reproches graves et invérifiables : « Tu m’as fait perdre X mille euros », « À cause de toi, tel client menace de ne plus travailler avec nous »
  • Les demandes d’enfreindre la loi tout en se protégeant : « Demande à l’équipe de travailler même s’ils sont en chômage technique, mais ne m’envoie aucun écrit là-dessus »
  • La fuite systématique face aux demandes claires : Vous posez une question précise, on botte en touche à chaque fois

Que faire face à une personne toxique au travail ?

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces situations, voici les premières étapes :

1. Prenez conscience que ce n’est pas normal

C’est la première étape, la plus importante. Le problème ne vient pas de vous.

2. Documentez les faits

Notez les situations précises avec dates, contextes, témoins éventuels. Cela vous aidera à garder une vision objective.

3. Faites-vous accompagner

Que ce soit par les RH si elles sont de confiance, par un coach professionnel, ou par un thérapeute si nécessaire.

Conclusion : retrouver votre pouvoir d’agir

Face à un manager ou un collègue toxique, on a souvent l’impression d’être piégé, impuissant. Mais prendre conscience de ce qui se passe c’est déjà un premier pas TRES IMPORTANT. Et on a souvent beaucoup plus d’options qu’on ne croit. J’ai vu des managers et des cadres retrouver leur énergie, leur confiance, et parfois même transformer complètement leur relation professionnelle – simplement en osant poser des limites claires.

Si vous le souhaitez vous pouvez me contacter pour faire le point en visio, c’est gratuit et sans engagement. Prendre rdv en visio

Sources et références académiques

Ouvrages de référence :

  • Isabelle Nazare-Aga, « Les manipulateurs sont parmi nous », Éditions de l’Homme
  • Anne-Clotilde Ziegler, « Pervers narcissiques : 50 situations « , Solar Éditions

Recherches académiques sur les comportements toxiques :

  • Harvard Business Review (2014) – « Coaching the Toxic Leader » par Manfred F.R. Kets de Vries, professeur à l’INSEAD, examine les quatre types de leaders pathologiques les plus fréquents : narcissiques pathologiques, maniaco-dépressifs, passifs-agressifs et déconnectés émotionnellement.
  • Harvard Business Review (2023) – « Why We Follow Narcissistic Leaders » par Dritjon Gruda et Paul J. Hanges explique comment l’incertitude dans le monde professionnel crée des opportunités pour les narcissiques d’émerger comme leaders.
  • Frontiers in Psychology (2023) – « Workplace gaslighting: Conceptualization, development, and validation of a scale » par Kukreja et Pandey. Première échelle validée pour mesurer le gaslighting au travail, définissant les caractéristiques clés de cette forme d’abus psychologique.
  • American Sociological Review (2019) – « The Sociology of Gaslighting » par Paige L. Sweet analyse le gaslighting comme une forme de violence psychologique qui fait douter les victimes de leur perception de la réalité.
  • Harvard Corporate Governance (2021) – « Are Narcissistic CEOs All That Bad? » examine la prévalence du narcissisme chez les PDG et son impact sur la performance boursière et organisationnelle.

Études sur l’impact psychologique :

Les recherches montrent que le gaslighting au travail conduit à l’anxiété, la dépression, l’épuisement professionnel, et une réduction significative de l’engagement au travail. Les employés victimes rapportent également des intentions de turnover plus élevées et un engagement organisationnel affectif réduit.

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Emmanuel Fréry coach professionnel