Les méfaits du perfectionnisme, un facteur de névrose reconnu
Introduction
Le perfectionnisme, ce faux ami…
On le dit souvent valorisé dans le milieu professionnel. De mon expérience, ce n'est pas si sûr.
Quand le perfectionnisme pousse à peaufiner, à vérifier et revérifier, et au final à ne pas tenir les délais… J'ai souvent rencontré cette situation dans ma vie professionnelle, et j'ai toujours encouragé mes équipes à chercher le point d'équilibre, le moment où le mieux va devenir l'ennemi du bien… Et ce n'est pas si simple !
Selon moi le perfectionnisme a moins à voir avec la pression de l'environnement, de l'entreprise, de son manager, qu'avec la pression interne, la pression qu'on s'inflige à nous-même.
Et ce phénomène est désormais reconnu comme un facteur de névrose, avec des implications significatives pour le bien-être psychologique. Donc oui, le perfectionnisme peut être un faux-ami.
Attention je ne suis pas psychologue, l'objectif de cet article est d'explorer les impacts négatifs du perfectionnisme, en mettant en lumière son lien avec ses conséquences dans le milieu de travail.
1. Le Perfectionnisme et ses Conséquences Psychologiques
1.1 La Quête Incessante de l'Excellence
Le perfectionnisme qu'est ce que c'est ? C'est la recherche incessante d'excellence, souvent associée à des normes irréalistes. Les perfectionnistes se fixent des objectifs inatteignables, ce qui entraîne une frustration constante et un sentiment d'échec même lorsque des résultats de haute qualité sont obtenus. Cette quête d'une perfection inatteignable est liée à une anxiété accrue et au stress chronique. Dans notre jargon d'analyse transactionnelle, on les appelle les « Sois Parfait » car ils subissent une injonction interne, et c'est comme cela que je vais les nommer tout au long de cet article.
1.2 Le Perfectionnisme comme Facteur de Névrose
Des études ont démontré que le perfectionnisme est associé à des troubles anxieux et dépressifs — on parle parfois de perfectionnisme anxieux. Selon une revue publiée dans Personality and Social Psychology Review, les perfectionnistes sont plus susceptibles de souffrir de névrose, car ils associent leurs erreurs à une remise en question de leur valeur personnelle (Smith, T., et al., 2020). De plus, une recherche de l'Université York souligne que le perfectionnisme est un facteur aggravant des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) (Hewitt, P.L. & Flett, G.L., 2021).
C'est une confusion que je rencontre d'ailleurs assez fréquemment en coaching : confondre la valeur de ce que l'on est et la valeur de ce que l'on fait. L'échec devient alors très dur à gérer. Les remarques, les critiques aussi.
Lorsque ce mécanisme devient envahissant, on parle véritablement de perfectionnisme maladif.
2. Les Effets du Perfectionnisme en Entreprise
Avantages et Inconvénients
Les avantages sont évidents : on peut leur faire confiance, et dormir sur nos deux oreilles. Le Sois Parfait est un excellent organisateur, chaque détail est à sa place, bien rangé. Pas un pli. Il a une forte discipline, respecte les règles, les « sur-respecte » même parfois (exemple : arriver très en avance à une réunion peu importante). Évidemment son travail est nickel.
Dans une équipe, ce sera la personne de confiance.
Mais tout n'est pas rose dans la relation avec le Sois Parfait.
D'abord, il a tendance à considérer que son système de valeur est le seul valable, et pourra manquer de tolérance envers un collègue qui lui privilégie le « done is better than perfect ». Il va mal accepter les critiques, les challenges : une remarque sur son travail, c'est une remarque sur lui, puisqu'il se surinvestit quasiment dans tous les dossiers.
En conséquence, la délégation est la hantise du Sois Parfait. « Je préfère le faire moi-même, comme ça je suis sûr que c'est bien fait », avec son alternative sous forme d'alibi : « le temps de briefer untel de toutes façons, ce serait aussi vite fait si je m'en occupe ».
Sa poursuite de la perfection peut également le rendre maniaque… Des modifications bénignes de présentations PowerPoint jusqu'à 5 mn avant la réunion, par exemple…
La prise de décision est une difficulté pour lui : en proie à une dissonance cognitive quasi permanente (avancer le projet vs bétonner le projet), il a tendance à reculer sans cesse le moment de prendre des décisions.
Enfin, le respect des délais n'est pas sa tasse de thé. Tout doit être parfait, l'intendance suivra. Pas facile dans une équipe projet…
Le Sois Parfait est donc loin d'être le « team member » parfait. (Évidemment, le portrait dressé ici est un portrait robot, caricatural, et il y a bien sûr des « gradations » dans le Sois Parfait). Mais le premier à souffrir, c'est souvent lui…
Le Mécanisme Profond du « Sois Parfait »
Le « Sois Parfait » repose sur une conviction profonde : tout — une tâche, une personne, un produit, une formulation — peut être jugé sur une échelle du bien et du mal. C'est soit nul, soit parfait. Sa vision du monde est manichéenne.
Et dans cette vision du monde, le perfectionniste se sent en permanence sur le fil, jamais tout à fait à la hauteur. Ce qui lui confère une vraie force : il détecte l'erreur là où d'autres ne voient rien.
Mais c'est aussi son piège. Car cette vigilance s'applique indifféremment, même quand la situation appelle à lâcher prise sur les détails. Il perd alors le sens des priorités — incapable de distinguer ce qui mérite vraiment 100 % d'efforts de ce qui peut être traité à 80 %. Il avance pas à pas dans ses calculs et ses projets, imperméable au temps qui passe et aux urgences qui émergent. Il finit une tâche qu'il aurait dû déléguer, épuisant son énergie sur ce qui ne le justifiait pas. Il ne fait confiance qu'à lui-même pour vérifier, corriger, valider. La critique le blesse. L'idée que quelqu'un d'autre puisse faire aussi bien lui est étrangère. Jusqu'à ce que l'obsession du sans-faute, du premier coup, du sans-reproche, finisse par coûter plus qu'elle ne rapporte : en temps perdu, en qualité dégradée, en épuisement silencieux. Si vous vous reconnaissez n'hésitez pas à prendre rdv pour faire le point avec moi, c'estbgratuit et sans engagement.
3. Conséquences pour la Santé Mentale
3.1 Une Menace pour la Santé Mentale
Vous l'avez compris, le perfectionnisme anxieux exerce une pression considérable sur la santé mentale et émotionnelle de l'individu.
Selon une étude publiée dans Clinical Psychology Review, les perfectionnistes sont plus susceptibles de développer des symptômes dépressifs en raison de leur autocritique sévère et de leur insatisfaction chronique (Gordon, C., 2020).
La dissonance cognitive du Sois Parfait est parfois épuisante : il court après un mirage, un fantôme, et c'est sans fin. C'est comme courir après l'horizon…
3.2 Comment Sortir de ce Piège ?
Pour atténuer les effets négatifs du perfectionnisme, il est crucial tout d'abord de prendre conscience de son propre fonctionnement. Si, en lisant cet article, vous vous reconnaissez, c'est déjà un premier pas important. Aucune mise en mouvement ne peut se faire sans prise de conscience.
Ensuite, il s'agit de s'entraîner à lâcher prise sur des sujets sans importance. J'avais par exemple demandé à une de mes coachées de glisser une erreur bénigne, sans conséquence, dans une de ses notes. Résultat : personne ne lui en avait fait la remarque, la note avait été jugée au contraire très pertinente.
Le point, c'est de lâcher prise, mais tout doucement, sans se faire peur, sans se mettre en danger psychiquement. C'est exactement comme une enfant qui apprend le vélo, et à qui on enlève d'abord une petite roue de support, et ensuite la 2e. C'est pour cette raison que dans ce cas de figure, l'accompagnement est efficace.
Si la souffrance psychique est trop forte, la thérapie comportementale est souvent recommandée pour aider les individus à reformuler leurs croyances perfectionnistes et à adopter des stratégies plus saines pour gérer leur stress et leur anxiété.
Dans les autres cas, le coaching professionnel est une excellente approche pour reprendre le contrôle sur cette injonction « Sois Parfait », tout en se sentant en sécurité dans le process. Ce n'est pas si facile car en règle générale, le Sois Parfait a hérité d'injonctions familiales. En coaching, on va expérimenter des petites mises en déséquilibre, sortir doucement de la zone de confort, on va encourager le coaché à se donner des permissions mais avec des protections, par ex : « je m'autorise à ne pas relire plus de 2 fois ce document, en revanche sur les 2 relectures je vais être extrêmement concentré et prendre tout le temps nécessaire pour identifier toutes les améliorations ». Et le coup d'après, on ne fera qu'une seule relecture…
Pas à pas, en expérimentant concrètement, on obtient d'excellents résultats au bout de quelques séances.
Conclusion
Le perfectionnisme, c'est un piège ! C'est un atout qui, sous les apparences d'une qualité recherchée, valorisée, nous emmène dans une course à l'échalote épuisante, où on peut s'oublier. Mais en reconnaissant les signes de perfectionnisme — qu'il soit anxieux ou maladif — et en adoptant des stratégies pour gérer ses effets, il est possible de minimiser ses impacts et d'améliorer à la fois son bien-être personnel et la performance professionnelle. On peut alors enfin retrouver un peu de sérénité.
Si vous vous reconnaissez dans ce portrait, n'hésitez pas à me contacter pour en parler, sans engagement de votre part.
→ Réserver un entretien exploratoire
À lire également sur ce blog
Sources
- Smith, T., et al. (2020). Personality and Social Psychology Review.
- Hewitt, P.L. & Flett, G.L. (2021). Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment.
- Gordon, C. (2020). Clinical Psychology Review.
- Brécard, F. & Hawkes, L. (2012). Le grand livre de l'analyse transactionnelle. Eyrolles.